éthique

Ethique ou morale ?

Temps de lecture : 3 minutes

Les deux mots signifient à l’origine la même chose. Ils désignent les mœurs, disons le comportement humain en général. On peut très bien, ainsi, les utiliser comme synonyme. Ils sont interchangeables. Or certains philosophes les confondent, d’autres les distinguent. Faisons ici une distinction.

La morale concerne les normes. Elles ont une valeur universelle et nécessaire et s’imposent dès lors pour tous sans discussion. Elle pose ainsi une obligation générale. La réponse morale est sans ambiguïté. La perspective éthique commence dès lors que la réponse pose problème. Soit plusieurs réponses sont possibles ; soit aucune n’est encore donnée. L’éthique, ainsi, ouvre nécessairement une discussion, un échange qui permet d’éclairer au mieux une zone obscure. L’éthique est plus proche de l’événement, moins désincarnée que la morale. Elle requiert des débats, des réflexions, des compromis.

Et en effet, l’éthique, proche du monde concret, doit prendre en considération la singularité, la personne, le vécu et non simplement une règle identique, une norme homogène.

L’éthique engage, par conséquent, une réflexion qui doit affronter le rapport parfois conflictuel entre une singularité et l’universalité. Alors que la morale, dans sa dimension universaliste, englobe les singularités, l’éthique est amenée à considérer le cas singulier comme pouvant transcender le général sans pour autant être non-moral. La problématique est alors d’envergure, car l’éthique ne défend pas le relativisme dans lequel tout a la même valeur.

Jacques Derrida exprime bien le sens de l’éthique :

Ce qui m’intéresse, ce sont, en fait, les apories de l’éthique, ses limites, notamment autour des questions du don, du pardon, du secret, du témoignage, de l’hospitalité, du vivant – animal ou non. Tout cela implique une pensée de la décision (…) C’est au moment du « je ne sais pas quelle est la bonne règle » que la question éthique se pose. Donc, ce qui m’occupe, c’est ce moment an-éthique de l’éthique, ce moment où je ne sais pas quoi faire, où je n’ai pas de normes disponibles, où je ne dois pas avoir de normes disponibles, mais où il me faut agir, assumer mes responsabilités, prendre parti.

L’éthique et la morale ont le souci de l’autre, le souci des autres. Mais l’éthique doit aussi parfois considérer une personne. Et en effet, l’éthique porte le regard, dans sa réflexion, sur le cas unique. L’éthique n’est pas seulement englobante ; elle est aussi amenée à singulariser : « Que faire dans ce cas précis ? » Sa tâche est l’adaptation, l’évolution ; elle se développe en faisant corps, si l’on peut dire, avec ce qui arrive, avec ce qui va arriver. Dans cette relation avec le cours des choses, l’éthique ne peut être a priori impérative.

Alors que la morale ne considère aucune exception à la règle, l’éthique pense l’exception ; elle interprète la règle. Précisément, la tâche de la pensée éthique est de porter l’idée que la non-application systématique de la règle n’est pas forcément immorale. Elle questionne la loi, elle questionne son adaptation au fait. Elle tente de les articuler, de les harmoniser. C’est ainsi que l’éthique se construit chemin faisant. Ajoutons qu’elle s’occupe du bonheur, ce qui n’est pas forcément le cas de la morale.

L’éthique n’est pas ainsi contre la morale. Elle tente de l’adapter au vécu, de l’harmoniser à la vie concrète, au mouvement de l’existence. Si la morale agit, l’éthique agit pour le mieux. Si la morale exige, l’éthique propose ; si la morale ordonne, l’éthique oriente.

Voir à cet égard le texte de Paul Ricoeur :  « L’éthique », Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, t. 1, sous la direction de Monique Canto-Sperber, Paris, PUF, 1996.

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1 réflexion au sujet de “Ethique ou morale ?”

  1. Très bon éclairage sur le sens des deux mots.
    Celà pourrait laisser penser que l’éthique serait plus adaptée et efficace que la morale dans le monde actuel ?

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L'auteur...

Denis Faïck
Denis Faïck Philosophe, maître de conférences

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