Avis critique sur : « Sérotonine », Michel Houellebecq, Paris, Flammarion, 2019

Temps de lecture : 7 minutes

L’une des approches de l’œuvre de Michel Houellebecq la décrit comme un regard lucide sur la société, provocateur, réaliste, pénétrant, cynique et dont le style met en évidence les troubles profonds de la situation sociale et psychologique. Il serait en plus visionnaire. D’aucuns affirment que dans 20 ou 30 ans on le lira pour avoir des connaissances sur la société actuelle.Ainsi, en lisant Sérotonine, je cherche cela. Je cherche les raisons de l’apologie sans précédent d’un livre qui s’annonce comme une œuvre réaliste. On dit de Houellebecq qu’il saisit l’esprit du temps, les situations sociales, notre époque. Alors je suis allé chercher cela dans le livre.

 Je repère à la lecture que c’est un livre sur les femmes, les hommes, sur la vie, notamment celle des agriculteurs, sur la mondialisation. Portons notre attention sur le contenu.

C’est l’histoire d’un homme qui prend un anti-dépresseur et qui expose sa vie.

1/ Les hommes :

  •   Des dépressifs sous anti-dépresseur 
  •   Des pédophiles (allemands)
  •   Des ratés
  •   Des portés-sur-la-boisson.

  Pourquoi pas, mais, s’il s’agit là du portrait lucide des hommes d’aujourd’hui, il y a quand même un tout petit raccourci.

***

2./ Les femmes :

  • Des chattes
  • Des suceuses
  • Des branleuses
  • Des culs
  • Des salopes
  • Des gorges profondes
  • Des putes de 16 ans en Thaïlande. Elles sont bien pour les « braves types » Occidentaux détruits par leurs femmes, occidentales. Et en plus, ces putes de 16 ans, elles sont fières, elles veulent satisfaire l’Occidental. Et on apprend que s’il n’y va pas lui-même, c’est juste parce qu’il a peur de ne pas avoir d’érection.
  • La Japonaise est bonne.
  •  Il y a aussi une Vietnamienne qui contracte bien sa chatte.

 Je me dis qu’il ne va quand même pas nous faire le coup de la femme noire qui a de belles fesses !! Et si, p. 182 : « elle avait un joli petit cul de black. » Et, bien sûr, elle suce « comme une reine ».

  • De toute façon il vaut mieux être avec une Malgache, une Moldave ou une fille de l’Est. Elles feront ce qu’on leur dit alors que les femmes occidentales, hein…
  • Une petite fille d’une dizaine d’année est active avec le pédophile. Il écrit : « Quelle raison pouvait bien avoir une petite fille de dix ans pour frapper à la porte d’un quadragénaire misanthrope et sinistre ? »  C’était pour « qu’il lui montre sa queue. »  Une phrase comme celle-là signifie bien que c’est la gamine qui veut que le mec lui montre son sexe.
  • Quant aux femmes qui vieillissent, elles ont des bourrelets et elles ne peuvent plus faire bander l’homme.

3/ Les femmes de sa vie :

     Quelles sont leurs qualités : 

  • Elles le sucent et le branlent un peu partout. Surtout la Japonaise qui participe à des soirées libertines où elle se fait enculer, et ainsi de suite pour finir dans la zoophilie (c’est rapide et la description élémentaire) ce qui fait beaucoup rire un célèbre critique sur une radio célèbre.

Claire ? Elle pourrait, comme actrice, être bonne pour les films pornographiques, à la rigueur.

  • Quand il revoit une de ses ex, que fait-elle ? Elle le suce. Mais en même temps il la surprend dans des « méditations femelles. »
  • Claire d’ailleurs, quand il la revoit, lui donne l’idée qu’elle pourrait être une « MILF », une Mother I Like To Fuck, vue sur les sites pornographiques.
  • Marie-Hélène : une dingue. Il a fourré son nez dans son con, ce con.

4/ Le rapport homme-femme

  • Le personnage principal souffre de solitude alors il cherche une compagne ? Une femme ? Une oreille attentive ? Non, il cherche une chatte.
  • De toute façon les femmes ne comprennent pas les hommes.
  • L’amour, pour les femmes, est fort spontanément, immédiat alors que les hommes ont besoin de plus de temps.
  • On a besoin de sexe dans l’amour.
  • L’amour c’est du rêve à deux.
  •  Pour que tout se passe bien en amour avec les femmes, il faut les baiser.

Selon un autre critique, personne n’a saisi comme lui la représentation du réel. J’ai un doute quand même sur la profondeur de l’analyse sérotonienne précédente.

Bilan sur la description lucide et profonde d’un « littéraire sociologue et psychologue » qui dans son roman capte la société de son temps : le cul, les femmes c’est des chattes, les étrangères sont bonnes, les hommes sous anti-dépresseur ne bandent plus.
 Alors j’ai la vanité de penser que la société et la vie sont un tout petit peu plus compliquées que ça.
 Imaginons que dans 50 ans on lise Sérotonine en pensant y découvrir la vie d’aujourd’hui…

 C’est simple, banal, amusant, révoltant… Mais combien de livres le sont ?

 Objection :

  C’est cynique, ironique, etc. Admettons. Mais j’ai l’impression quand même que tout le monde peut être cynique comme ça. Même dans le style, car ce que j’écris, il l’écrit exactement comme cela. Où est alors la littérature ? Pas l’utilisation de mots polis, ou que l’Académie française pourrait approuver, non, bien sûr, mais celle qui frappe par la mise en exergue d’une face du réel non perçue par le regard quotidien.

Objection : c’est du 4e degré, voire du 5e. Admettons. Mais là encore, je vois quand même une grande partie des gens en ce monde capable de faire ce genre de 5e degré.

 Maintenant quand on veut provoquer en parlant de sexe, il faut se rappeler que cela se fait depuis au moins Sade, et qu’il ne suffit pas de dire « Youporn y a du cul » pour être un génie provocateur.

 Oui, bien sûr que l’on peut parler de sexe, de bites, de chattes et de nichons, qui sont d’ailleurs absents du livre. Mais là j’attends que l’écrivain m’emmène dans un monde, dans une face du réel surprenante, qui me donne à voir, à sentir ce qu’un regard littéraire affûté a perçu. Or non, il me dit juste qu’on le suce. Bon, admettons, comme la simplicité est l’argument depuis au moins vingt ans dans la littérature pour dire qu’un livre est bon, on pourrait dire qu’il dit cela simplement. Mais si on compte le nombre de gens, écrivains ou pas, qui peuvent le dire simplement, qu’apporte de plus ce livre ?

5/ Le regard sur le monde :

  • L’argent domine tout.

C’est une constatation que pas mal de gens ont fait, font, et feront en ce monde.

  • Bruxelles et la mondialisation sont néfastes.

Là aussi, il semble, depuis au moins 1992, que beaucoup en parle.

  • Le monde voit la mort des agriculteurs.

Même constat. C’est original ?

  • L’élevage des poules en batterie est une horreur.

Là aussi, il me semble que ça a été dit et redit. Non ?

  •  On vivait mieux sans réseaux sociaux.

Il me semble avoir déjà entendu cela, quand même.

  • La SNCF est partie en vrille.
  • Il y a de la solitude dans les villes.
  • La télé ça divertit mais c’est navrant.
  • L’Occident est en déclin.

Pour qui se penche un peu sur le monde, ça fait au moins 30, voire cent ans que des philosophes et autres penseurs le disent que l’Occident est en déclin.

Donc la question : comment dire d’un écrivain qu’il a un regard profond sur le monde alors que le livre expose des positions qui sont déjà mises en évidence partout depuis au moins vingt ans, voire trente ?

Je cherche alors le regard pénétrant, percutant, surtout, après les femmes-chattes-suceuses, les hommes qui ne bandent pas, la mondialisation catastrophique, quand je lis chez des critiques :

« Il y a toujours, aussi, les fulgurances de Houellebecq sur l’air du temps. »

 Ou encore : « Michel Houellebecq sait tout de tout, il a un don d’observation inimaginable ! »

Et encore : « C’est lui qui dit l’esprit du temps, lui qui l’écrit. Et c’est fait d’une manière nickel. »

Et enfin, et entre autres : « Personne n’a été aussi loin dans la représentation du réel. »  

Alors imaginons que le personnage de Michel Houellebecq soit précisément le gros con de la société d’aujourd’ hui, qu’il le montre dans toute sa splendeur en le caricaturant.

Admettons. Mais là encore un problème se pose : un bon nombre d’humoristes, de films, de conversations de la vie quotidienne de tout le monde font ça aujourd’hui. Qu’apporte de plus ce roman ? Il est bien écrit, c’est vrai. Mais des romans bien écrits, il y a en des quantités. Ses descriptions sont classiques, c’est carré comme les professionnels savent le faire, parfois il meuble.

Et puis, et surtout, combien de gens ont déjà fait ce genre de description, j’insiste, dans leurs conversations en parlant du beauf ou autres… Où est le don « d’observation inimaginable » ?

6/ Le visionnaire ?

On dit en effet qu’il est visionnaire car il aurait anticipé la crise d’aujourd’hui. Analysons :

  • D’abord il s’agit d’une crise sur les quotas laitiers.
  • Ensuite, ça peut fort bien être une coïncidence.
  • Enfin, depuis le début du XXe siècle on a connu :

Avant la guerre 14-18, le syndicalisme révolutionnaire.

1936 : le Front populaire

1955 : la grève de St Nazaire

1968 : mai

1982 : grève dans les usines automobiles

1986 : crise dans le monde étudiant

2005 : émeutes dans les banlieues

Et j’en passe sans doute.

En fait, tous les 10 et 20 ans éclate une révolte en France. Il ne faut pas être un grand visionnaire pour penser qu’après 2005 quelque chose pouvait se produire, d’autant plus que j’entends, depuis longtemps, autour de moi, des gens dirent « si ça continue comme ça, ça fait péter. » Et vous aussi, sans doute. Dans ce cas-là, il y a au moins un ou deux millions de visionnaires en France.

Où est le visionnaire ? Selon le critique, il « dit l’esprit du temps. » Oui, avec un minimum d’observation, tout le monde peut dire l’esprit du temps de cette manière.

Alors la question : qu’y a-t-il de neuf dans tout ça ?

Une autre solution :

  Mais il y a enfin une autre possibilité. Et si le véritable cynisme de Michel Houellebecq était, en fait, qu’il se fiche des critiques en attendant que certains crient au génie visionnaire alors qu’il a écrit un livre banal en le sachant, avec beaucoup d’ironie, en se moquant de la société en général et de la société littéraire en particulier.

 Les dernières pages sur les écrivains vont peut-être d’ailleurs dans ce sens. Toute la littérature s’effondre devant le sexe humide d’une jeune femme. Finalement.

 Le livre s’appelle Sérotonine. N’est-ce pas alors vous, dirait Houellebecq, les critiques dithyrambiques qui, sous un accès de dopamine et autres hormones du bonheur, avait perdu le sens des choses, avec ce petit comprimé ?


 Ça se serait pas mal…

 J’ai sans doute raté quelque chose… On peut toujours rater quelque chose…

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