Littérature – Philosophie

Avis critique : « La Panthère des neiges » de Sylvain Tesson.

Temps de lecture : 3 minutes

C’est le premier livre de Sylvain Tesson que je lis. La critique qui suit ne considère ainsi que ce livre sans référence à l’œuvre de l’écrivain.

L’histoire est intéressante, elle évoque la recherche de la panthère des neiges comme le titre l’indique, mais je ne la prends pas en considération. Je ne m’intéresse ici qu’à la manière d’écrire.

D’abord je suis pris par la lecture, je sens assez vite que j’ai envie de lire ce livre jusqu’au bout. Le récit est prenant, non pas parce que l’histoire l’est, mais parce que Sylvain Tesson construit si bien son phrasé qu’on est emporté.

Les phrases s’enchaînent parfaitement, le rythme n’a aucune anicroche, c’est d’une grande fluidité avec, de surcroît, des tournures de phrases qui, loin d’être simples, sont travaillées pour que le lecteur ait sous le regard une esthétique. Par exemple :

« Je la croyais camouflée dans le paysage, c’était le paysage qui s’annulait à son apparition. Par un effet d’optique digne du zoom arrière cinématographique, à chaque fois que mon œil tombait sur elle, le décor reculait, puis se résorbait tout entier dans les traits de sa face. Née de ce substrat, elle était devenue la montagne, elle en sortait (…) En somme, un gros chat avec des taches jaillissait du néant pour occuper son paysage. »

Pour prendre une métaphore musicale, je dirais que le style est construit en rythme binaire, quatre temps par mesure et ça coule de source ensuite. J’ai cherché des petites pertes de rythme, comme un souffle qui s’épuise un peu, mais je n’ai rien trouvé. Sylvain Tesson, loin de suivre la mode d’une simplicité en littérature, loin de l’écriture plate ou blanche, n’écrit pas non plus ce que j’appelle un livre-scénario, qui n’a d’autre intérêt que d’être adapté au cinéma ou à la télévision, et qui n’a aucune pertinence littéraire. Il n’écrit pas simplement ce qu’il voit, mais ce qui fait du vécu une expérience avec les couleurs, les tons, les désirs de celui qui perçoit.

Bien sûr, ici, pour moi, c’est l’une des marques d’un écrivain.

Il traque une face du monde, une ombre à mettre en lumière. Pas la panthère. Mais son apparition, ce qu’elle fait naître dans le regard. C’est moins « l’objet » ici qui attire mon attention que son éclairage, son ombre et ses alentours, non perceptibles au premier abord, et que l’écrivain révèle par le mot.

Cependant, au cours de la lecture, avec toujours l’envie de lire ce texte jusqu’à la fin, je suis pris par un petit manque de surprise stylistique. Le style bien carré, binaire, pour reprendre la métaphore musicale, manque de saut, de dérapage. Tout est parfaitement ordonné, et c’est cela, sans doute, qui me met sur des rails dont je prends l’habitude. C’est juste mon impression. On dira que j’exagère. Peut-être.

Sur le fond on comprendra très vite que Sylvain Tesson est un peu misanthrope. Mais c’est son droit. L’homme est un nettoyeur du monde. Il saccage.

Au passage une critique de la démocratie ( ou du moins d’une partie de ce qu’elle est) et une petite apologie du roi : « Le président d’une démocratie, lui, doit se montrer sans cesse, animateur du rond-point. » Pour ma part je pense que le président d’une démocratie doit surtout se justifier, ce qu’un roi est dispensé de faire.

 Il lui oppose le roi, ou comme il l’écrit : « le corps du roi » qui est le « vrai souverain ». Il continue : « Son existence fonde son autorité. » Pour ma part je pense que ce n’est en rien l’existence elle-même qui fonde l’autorité du roi, sauf pour les royalistes. Selon moi, c’est la couronne qui fait le roi, non l’inverse.

Je pense que la panthère des neiges se suffisait à elle-même. La ramener à une apologie du corps du roi et à ce qui semble être un mépris de la démocratie n’était pas, à mon sens, utile.

Mais cela n’enlève rien à la qualité de ce livre.

J’ai sans doute raté quelque chose. Bien sûr…

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